Senneville – Ex Capitaine Baudouin

Senneville - Ex Capitaine Baudouin

Ces gros charbonniers qui avaient reçu sur chantiers, ou peu après leur mise en service, des treuils et des mâts de charge par groupes de deux à chaque panneau de cale, se révélèrent bons marins, manœuvrant bien, et parfaitement adaptés aussi bien aux transports de pondéreux sur les grands parcours qu'au trafic des marchandises lourdes et encombrantes.

Au Havre, le 28 mai 1922, le Capitaine Baudoin en attente de livraison manœuvrant pour rentrer en cale sèche, heurte un quai, son hélice est endommagée et une plaque de tribord est enfoncée. Réparé, il est livré fin juin à la Société des Armateurs Français qui va l'exploiter jusqu'en 1924, dans l'attente d'un acquéreur.

Armateur les Affréteurs Fécampois
La Société des Armateurs Français ne conserve pas longtemps les deux premiers 6 800 tonnes qu'elle a en gérance, le Capitaine Baudouin et le Capitaine Le Masne. Comme on l’a dit plus haut, en 1924 le Capitaine Baudouin est vendu aux Affréteurs Fécampois qui le rebaptisent Senneville. Le navire est immatriculé à Fécamp, son port d'attache, où il va être armé au long cours jusqu'en 1930, puis il restera désarmé au Havre jusqu'en fin d'année 1935.

D'abord confié au capitaine Martin Raude, jusqu’en 1927, c'est le capitaine Charles Balier, un Fécampois, qui prend la suite jusqu'en 1930. Le 4 mars 1928, le steamer Senneville commandé par le capitaine Balier, pilote à bord, se dirige dans le chenal pour entrer dans le port du Havre quand, vers 23 h 45, il aborde le chaland A.V.H-64, remorqué par le remorqueur Floride qui vient de quitter la drague pour aller au vidage, sous Octeville. Les dommages causés au Senneville s'élèvent à 163 570,10 francs, auxquels s'ajoutent 63 051,68 francs d'immobilisation et 117 066,78 francs de "chômage", soit un total de 343 688,66 francs qui, après procès, seront mis à la charge de la compagnie de remorquage du Floride.

En fin de l'année 1930, après un dernier voyage au Groenland, sans doute pour approvisionner les chalutiers fécampois en pêche, le Senneville est désarmé au Havre ; mis en vente, il ne trouve pas acquéreur et reste à quai plusieurs années.

Armateur la Société Navale Caennaise
En octobre 1935, il est vendu à la Société Navale Caennaise qui lui conserve son nom et va le garder jusqu'à la guerre. Ayant pour port d'attache Caen, il est armé au "tramping", transportant charbons et aciers entre Belgique et Angleterre, ainsi que des marchandises diverses vers les ports méditerranéens.

En 1939, dès le début des hostilités la flotte de la S.N.C. est réquisitionnée par l'Amirauté ; le 26 octobre, le Senneville quitte Brest pour Casablanca par le convoi de navires français n° 11 B, comprenant sept navires : André Moyrand, Ontariolite, Djurjura, Douaisien, Ange Schiaffino et Cambraisien. Ce convoi est rejoint le 27 par un autre convoi parti du Verdon, lui aussi le 26 octobre, le n° 6 X, comprenant cinq navires : Prescagel, Claude Pierre, Pallas, Ophélie et Enseigne Maurice Prechac, escortés par l'aviso-dragueur Gazelle. Ils sont rejoints par le vapeur Ain El Turk escorté par l'aviso-dragueur Commandant Bory. Le convoi de treize navires de commerce arrive à Casablanca le 2 novembre ; le Senneville naviguera alors en Méditerranée.

Le 2 novembre 1941, au large de Kerkennah, le cargo Senneville, escorté par un torpilleur français, est attaqué par un groupe de six avions britanniques alors qu'il se trouve dans les eaux territoriales de la Tunisie. Le Senneville est légèrement atteint, mais aucun membre de l'équipage n'est touché. En 1944, à Marseille, le 16 avril, il est réquisitionné par les Allemands puis, en août, il est sabordé et coulé dans le bassin Léon Couret, la passe N.E. du port de Marseille ; il ne pourra être renfloué.

Sources
Etienne Bernet
© Édition Association Fécamp Terre-Neuve

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