Mélior ex Hébé

Mélior ex Hébé

Cette tentative n'a que partiellement réussi. Le 13 juin, un épais brouillard mit un terme à la poursuite des opérations. Participant à l’évacuation de la poche de Veules-les-Roses, il était affecté à des navettes entre la plage et de plus gros navires au large. Le 11, l’Hébé II, qui avait déjà pris à son bord un certain nombre de soldats, fut touché à plusieurs reprises par le feu des pièces allemandes positionnées sur la falaise d’aval. Une large brèche à la hauteur de la ligne de flottaison tribord l’immobilisa. Les cales furent très vite envahies par l’eau et une trentaine d’hommes furent touchés mortellement. Les valides embarquèrent sur d’autres unités sous le feu nourrit de l’ennemi.

Après la bataille, le docteur Louis Michel vint, avec une équipe de Veulais, relever les corps des malheureux soldats. Mission particulièrement pénible ; il fallut sortir les corps des cales, un par un, les monter sur le pont, les descendre sur les galets, puis leur faire les poches pour les identifiés ; ce sont onze corps qui furent sortis du navire. Échoué sur les galets, au pieds des falaises d’aval de Veules-les-Roses, une forte tempête le mis complétement à sec ; il y resta, « nez au mur », jusqu'en 1949. Il est alors représenté plusieurs fois par l'artiste de Veules-les-Roses Camille Marchand.

L'Hébé devient le Mélior
L’épave fut alors achetée par un transitaire de Rouen, Pierre Sénéchal, qui confia son renflouement et les travaux de remise en état à la société Les Constructeurs Fécampois. En avril, les déchirures de la coque furent colmatées, une souille fut creusée dans les galets et, à Pâques, le navire, remis à flots, était remorqué jusqu’à Fécamp où les travaux de réparations de transformations et d’aménagement furent engagés.

Le Progrès de Fécamp, du 10 décembre 1949, nous dit : « (…) long de 34,00 m, large de 6,34 m pour un creux de 2,65 m et un port en lourd de 220 tonnes, il fut doté de deux moteurs américains d’une puissance de 120 CV chacun qui lui assuraient une vitesse de 9,5 nœuds. Il fut équipé de treuils électriques, du chauffage central, de douches, eau chaude et froide, dans chaque cabine, de radio, etc. L’Hébé à une hélice est devenu le Mélior à deux hélices (…) ».

C'est donc sous le nom de Mélior qu’il est baptisé à Fécamp, le samedi 13 décembre 1949, à 11 heures, par le chanoine Decaux, curé de Saint-Etienne, en présence de MM. Sénéchal, armateur, Paul Malandain, directeur des Constructeurs Fécampois, le curé de Beuzeville-la-Grenier, ami personnel de M. Sénéchal, et de nombreuses autres personnalités fécampoises, ainsi que le capitaine Le Bihan, commandant du navire et son équipage. Le parrain était M. Lemercier, de Rouen, et la marraine Mme Paul Malandain. Un lunch fut servi à l'issue de la cérémonie. Inscrit à Rouen, monté par huit hommes d’équipage, le Mélior, est armé pour le cabotage sur les côte de la Manche et de l’Atlantique ; il assure ce service jusqu'en 1956. II est alors vendu en Allemagne et navigue en mer Baltique, tout en gardant son nom. Allongé en 1964, aujourd’hui on dit « jamboïsé », sa jauge est portée à 193 tonneaux. Après bientôt 40 ans de mer, en octobre 1971, il est vendu à la démolition. Sources
  • Lloyd’s - See sailling register - Navires à vapeur et à moteur de moins de 300 Tx. Années 1932 et 1945.
  • http://www.marine-marchande.net/Jourlejour/AujourleJour-207.htm
  • Le Progrès de Fécamp, 10 décembre 1949.
  • Ouvrage collectif, La saga des épaves de la côte d’Albâtre, tome 3. Grieme éditeur, page 75/76
Etienne Bernet
© Édition Association Fécamp Terre-Neuve

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